dimanche 13 mai 2012

Piano à vent... à la maison


12/05/2012 05:36
Cette semaine, un lecteur propose à notre commissaire-priseur un harmonium. Philippe Rouillac se lance sur la trace de l’histoire des harmoniums.
L'instrument est typique du début du XX<sup>e</sup> siècle.
L'instrument est typique du début du XXe siècle. - (Photo archives NR)
Un lecteur de Pezou nous envoie une photo de son harmonium. Il porte la marque de son fabriquant. Me Philippe Rouillac, commissaire-priseur, explique :
« Instrument complexe et souvent mal connu, l'harmonium, avec son allure de piano trapu, laisse perplexe le néophyte. Activez soufflets et tirettes et vous découvrirez toute la richesse harmonique de cette curieuse invention ! Né au début du XIXe siècle, l'harmonium est un hybride. Avec l'apparence du piano, c'est un instrument à vent dont le mécanisme est proche de celui de l'harmonica ou de l'accordéon. L'air est insufflé à l'aide de soufflets actionnés au pied faisant vibrer des anches. Il se différencie ainsi de l'orgue aux hauts tuyaux de nos églises. Chaque tirette porte le nom du son qu'elle représente. Harpe éolienne, fifre ou bourdon, des sonorités poétiques qui, joliment assemblées, voient en elles se concrétiser les plus douces mélodies. On compte parmi les ancêtres de l'harmonium des instruments oubliés, aux noms aussi beaux que fantasques comme l'harmonica de verre, l'aeolopantaleon et l'harmoniflûte. L'harmonium ne se cantonne pas aux églises. Les plus grands compositeurs tels que Berlioz et Tchaïkovski écrivent des partitions pour harmonium.
L'instrument de notre lecteur est typique des productions du début du XXe siècle. Il comporte vingt-sept tirettes et mesure 1,10 m de hauteur. Il est en bois, deux colonnettes moulurées supportent le clavier et quatre poignées dorées aux formes sinueuses, servant à le déplacer, lui apportent une touche de lumière. L'ensemble, de style Louis XIII, style dont nos aïeux étaient friands, meuble encore bien des salles à manger dites Henri II. Cet harmonium porte la plaque de son fabriquant Alexandre Rousseau à Paris. La maison Rousseau est fondée en 1855 et la plaque mentionne fièrement l'obtention d'une médaille d'or en 1900 lors de l'Exposition universelle. Fort de cette récompense, deux usines ouvrent à Paris et en Seine-et-Oise et la fabrication se standardise. L'atout premier des harmoniums Rousseau est l'originalité des leurs combinaisons sonores, Alexandre Rousseau n'hésitant pas à marier des sonorités très opposées. N'est-il pas exact que sans diversité, il ne peut y avoir d'harmonie ? Notre instrument a besoin de quelques restaurations, notamment sur un soufflet. En ventes publiques, compter sur une centaine d'euros. Un petit investissement pour un beau défi, sortir l'harmonium de l'oubli : pour de la musique originale chez soi ! »

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