jeudi 23 septembre 2010

Romainmôtier : un instrument injustement négligé


Joris Verdin en concert à l’Abbatiale.
Joris Verdin en concert à l’Abbatiale.
Joris Verdin tenait l’harmonium en concert
Instrument favori des salons
Organiste et musicologue flamand, Joris Verdin fait découvrir les qualités expressives de l’harmonium depuis plus de 30 ans.  En 1840, le jour où le facteur français Alexendre Debain a déposé son brevet, celui-ci est resté quasiment inchangé et copié pendant cent ans.
Il possède un clavier de cinq octaves et des anches libres (comme un accordéon). Celui-ci est «coupé», c’est-à-dire que les  registres ne fonctionnent que pour une moitié de clavier. Si l’organiste veut obtenir un seul timbre sur toute son étendue, il lui faudra au moins tirer deux jeux, un pour le grave, un pour le dessus.
Il permettait aux compositeurs du XIXe siècle (C. Frank, Saint-Saëns, Widor ou S.Karg-Elert) de combiner des changements de nuances de dynamiques, mais aussi de couleurs et variations d’intensité. C’est à la fin du siècle, quand l’Eglise a «accaparé» l’harmonium, que celui-ci a perdu son expressivité: il était moins cher qu’un orgue, disposait de registres comparables et ne nécessitait pas de souffleur. Il n’était plus que l’orgue du pauvre, une pompe à cantiques !
J.Verdin décrivait ainsi l’instrument: «La sonorité de l’harmonium fait penser à l’accordéon, avec les timbres ronds (jeux de fonds situés à l’avant) et des timbres plus nasaux (à l’arrière). Il s’agit toujours d’anches libres. Toute l’esthétique d’une pièce se situe dans la combinaison de ces deux familles de timbres».
Une maîtrise époustouflante
Joris Verdin est sans conteste, à l’harmonium, l’un des interprètes les plus brillant dans le monde. Il a rendu ses lettres de noblesse à un instrument négligé. Sous ses doigts, l’auditoire découvrait des sonorités rarement entendues, variées, évocatrices, presque célestes qui s’élevaient dans la nef, transcendées par l’acoustique de l’abbatiale, grâce à son interprétation.
C’était un enchantement que d’écouter le florilège d’œuvres choisies de Mouquet, Karg-Elert, Bach et Guillmant.  Des pièces qui alternaient les mélodies douces, fouillées, inventives  avec des effets rapides. J.Verdin possède une virtuosité époustouflante dans les attaques et le touché des claviers ainsi que des variations d’intensité obtenues par une maîtrise  brillante de la soufflerie, qui est continue à l’harmonium. Une émotion peu coutumière était palpable dans le public.
Cette magnifique prestation inspirait du respect  pour l’instrument (personnel du soliste) de Mustel de 1891, majestueux et noble dans l’abbatiale. Une révélation.
Photo Marlène Rézenne

Aucun commentaire: